http://knol.google.com/k/mahomet-et-l-origine-de-l-islam#Mahomet et l'origine de l'islam
Mieux connaître Mahomet et le premier islam grâce aux méthodes historiques modernes
Cet article a été rendu possible par un certain nombre de travaux universitaires récents qui ont complètement renouvelé les connaissances sur les premières années de lâislam. Les principaux sont ceux de Michael Cook, de lâuniversité de Londres, publié en 1980, dâAlfred-Louis de Prémare, de lâuniversité dâAix en Provence en France, publié en 2002, de Patricia Crone, de lâuniversité de Princeton aux Etats-Unis, publiés en 2004, dâEdouard Marie Gallez, de lâuniversité de Strasbourg en France, publié en 2005, de Christoph Luxenberg, de lâuniversité de Nimègue en Allemagne, publiés en 2006.
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Anonyme. Mahomet et l'origine de l'islam :Mieux connaître Mahomet et le premier islam grâce aux méthodes historiques modernes [Internet]. Version 3. Knol. 2008 juil. 27. Disponible à l'adresse :
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Le plan de lâarticle
1 Il est difficile de connaître lâhistoire des origines. Page 1
2 Les méthodes qui surmontent ces difficultés. Page 2
3 Avant Mahomet, un pré-islam. Page 3
4 Mahomet. Page 4
5 Les dix ans suivant la mort de Mahomet. Page 5
6 Quinze ans après la mort de Mahomet. Page 6
7 De quinze à cent cinquante ans après Mahomet. Page 7
8 De la collecte dâOthman à la fixation de lâécriture du Coran. Page 8
9 Lâislam et le monde du 21ième siècle. Page 9
Page 1
Il est difficile de connaître lâhistoire des origines
Les religions dans le monde moderne. Page 10
Depuis un siècle et demi, les écrits et lâhistoire du judaïsme et du christianisme ont été scrutés par tous les moyens de la recherche historique. Les mêmes méthodes sont maintenant appliquées au Coran et à lâhistoire de la formation de lâislam.
La rançon du succès. Page 11
Lâislam sâest répandu dans les premiers siècles de son histoire par des guerres de conquête victorieuses. Comme lâhistoire est toujours écrite essentiellement par les vainqueurs, les écrits historiques musulmans présentent une vue assez partiale.
Les documents historiques. Page 12
Les systèmes politiques fondés sur un corps dâidées ont été nombreux dans lâhistoire du monde, et tous ont utilisé leur contrôle du pouvoir pour contrôler les idées et les écrits. Lâempire islamique nâéchappe pas à la règle.
Les documents disparus. Page 13
Les documents islamiques sur lesquels se fondent jusquâici la connaissance du premier islam et de la vie de Mahomet ont été mis par écrits plus de deux siècles après la mort de Mahomet, et les documents antérieurs ont tous disparus : la biographie de Mahomet par Ibn Hicham date de plus de deux cents ans après les faits, et la biographie par Ibn Ishaq, qui lui a servi de matériau, a disparu. Les cinq recueils de hadith principaux ont été mis par écrit plus de deux cent cinquante ans après les faits, alors que le premier recueil de hadith, fait en 712 sur ordre califal, a disparu, etc.
Page 2
Les méthodes qui surmontent ces difficultés
Lâexégèse moderne. Page 14
Des méthodes nouvelles dâanalyse des textes anciens ont été développées depuis 1850 en Europe. Ils ont été appliqués dâabord aux écrits juifs et chrétiens, et le sont maintenant aux écrits musulmans.
Des sources nouvelles. Page 15
Des textes en grec, latin, hébreu, arménien, géorgien, syriaque et persans ont été récemment recherchés, retrouvés et traduits. Ils donnent sur les débuts des lâislam des informations datant de 10 à 30 ans après les faits, et parfois sont contemporains des faits décrits.
Un pré-islam. Page 16
Dâaprès la théologie musulmane, Mahomet fait suite à une longue suite de prophètes, et a fait un "rappel", rendu nécessaire parce que les hommes oublient. Il est concevable que les révélations faites aux prophètes prédécesseurs de Mahomet aient pu laisser des traces.
Les historiens des pays développés pensent que les systèmes dâidées nouveaux se développent à partir dâébauches précédentes.
Dans les deux cas, il a pu exister une sorte de pré-islam, quâil est intéressant de rechercher.
Les nouveaux outils. Page 17
Depuis la fin du vingtième siècle et le début du vingt et unième, des outils historiques nouveaux ont été développés, ou ont connu un usage plus large, pour compléter les documents historiques quand ils sont peu nombreux. Ce sont lâonomastique, la toponymie, lâépigraphie, la linguistique, la numismatique et lâarchéologie. Ils ont fournis récemment une moisson de résultats qui éclairent lâhistoire de Mahomet et celle du premier islam.
Une nouvelle voie de recherche. Page 18
Certaines idées présentes dans lâislam dâaujourdâhui sont également présentes dans les sectes millénaristes et messianiques du Proche Orient, aux premier et second siècles. Il est éclairant dâexaminer le cheminement de ces idées dans cette région du monde.
Page 3
Avant Mahomet, un pré-islam
Les traditions sur lâorigine de lâislam. Page 19
Deux traditions attestées dans le Coran disent lâune que Mahomet a reçu le Coran en une seule fois, durant la "nuit du destin", lâautre de façon progressive, sur vingt trois ans. Dans le Coran, Myriam, sÅur dâAaron, et Marie, mère du Christ, sont la même personne, alors que 1.200 ans les séparent. La Trinité, formée pour les chrétiens du Père, du Christ et du Saint Esprit, est déclarée dans le Coran faite du Père, du Christ, et de Marie. Ces éléments, et bien dâautres de même sorte, font penser que le Coran est formé de plusieurs tradition différentes, comme bien des livres anciens, par exemple, dans la Bible, la Genèse et le livre dâIsaïe.
La formation du Messianisme dans la Palestine antique. Page 20
Les messianismes juifs, se sont formés en trois siècles, de 180 avant notre ère à 150 après. Les cinq idées centrales de leur théologie durèrent bien des siècles :
La première est celle dâune guerre menée pour des raisons théologiques.
La seconde est celle dâémigration : les Justes devaient dâabord aller au désert, reproduisant lâExode de Moïse au Néguev.
La troisième idée était la conquête de Jérusalem.
La quatrième était la libération complète de la Palestine juive.
La cinquième était la conquête du monde entier.
Alors que les quatre premières étaient tout à fait générales dans les mouvements messianiques juifs, la dernière nâétait acceptée que par une partie des adeptes.
Les deux premières idées sont proches de celles de lâislam, et la cinquième reste un rêve que les musulmans ont poursuivi pendant quatorze siècles.
Les théologies judéo-chrétiennes. Page 21
Dans le vocabulaire des historiens des religions, les judéo-chrétiens ne sont pas lâensemble des juifs et des chrétiens; ce sont des sectes nées dans les deux premiers siècles de notre ère, en transformant des idées juives et dâautres idées chrétiennes, de telle sorte quâelles ne sont plus ni juives ni chrétiennes. Pour ces sectes, le Christ est un grand prophète, mais non un Dieu. Après avoir échappé à la crucifixion, il aurait été placé au ciel, en attendant de revenir pour mener une guerre de conquête mondiale, conduisant à établir une société parfaite, où tous les justes seraient heureux, tandis que les injustes deviendraient des esclaves ou des serviteurs au service des justes. Dans lâislam, le statut du Christ, le jihad et la situation des dhimmis sont proches de ces idées.
Le mouvement nazaréen. Page 22
Une secte, celle des nazaréens, a concentré les adeptes et les idées des judéo-chrétiens. On la trouve attestée de façon épisodique depuis un peu avant le début de notre ère jusquâà 80 ans après la naissance de lâislam. Ils nommaient le Christ âÃsâ, comme, en dehors dâeux, seuls les musulmans le font.
La théologie nazaréenne. Page 23
Les nazaréens pratiquaient la circoncision, la polygamie limitée à 4 épouses, décrivaient un paradis où les élus trouveraient des aliments délicieux, des boissons agréables et des femmes, toutes idées présentes dans lâislam. Leur nom, fondé sur la racine NZR, signifie les aides de Dieu. Il est très proche de celui dâansar, fondé sur la racine très proche NSR, qui signifie les aides dâAllah. Ils enseignaient que lorsquâils auraient fait une émigration au désert, la conquête de Jérusalem et la reconstruction du Temple, le Christ reviendrait du ciel pour prendre la tête des armées nazaréennes et conquérir le monde.
Le nazaréisme est un pré-islam. Page 24
Un grand nombre de thèses, de conceptions, de dogmes nazaréens se trouvent à lâidentique dans lâislam dâaujourdâhui : âÃsâ, le nom de Jésus, le statut du Christ, les récits de lâenfance de Marie, la confusion entre Marie et Myriam, le statut des femmes, la Trinité formée du Père, du Christ et de Marie, la conception du paradis, le vin, interdit sur terre mais présent en fleuves entiers au paradis, et bien dâautre éléments.
Page 4
Mahomet
Les sources documentaires islamiques. Page 25
Lâexistence du Coran est attestée pour la première fois soixante-dix ans après la mort de Mahomet, et les traditions qui décrivent la collecte et lâhistoire des Corans ne sont attestées que vers 750.[1]
L'histoire personnelle de Mahomet a été rédigée deux siècles après sa mort, sur ordre califal. Tous les documents qui ont servi de sources ont disparu.
Les hadiths, paroles ou actes de Mahomet, sont consignés dans des recueils mis par écrit deux siècles et demi après la mort de Mahomet. Cinq recueils sont tenus pour authentiques par les érudits de lâislam. Il contiennent ensemble environ 20.000 hadiths.
Les Qoreychites. Page 26
Dâaprès les sources musulmanes sans divergence entre elles, et dâaprès les sources des peuples voisins, les Qoreychites avaient leur commerce et leur propriétés agricoles en Syrie et en Palestine. Il nâexiste aucune attestation non musulmane, ni aucun ensemble dâattestations musulmanes sans divergences, qui indique une localisation dans la province de La Mecque. La toponymie indique que les Qoreychites vivaient en Syrie.
Waraka. Page 27
Waraka était un Qoreychite, membre de la tribu de MaHomet, devenu prêtre nazaréen un peu avant le début de lâislam. Il est décrit par les documents musulmans comme "un des chef et des guides des Qoreychites".
Quand il est mort, "la révélation sâest arrêtée", ce qui signifie que Mahomet nâa plus reçu de communication de lâange Gabriel.
Mahomet a déclaré avoir vu Waraka au paradis. Pour lâislam, seuls les musulmans vont au paradis. Waraqa était nazaréen, Mahomet musulman, et Mahomet disait que tous deux étaient de lâunique bonne religion.
La vie de Mahomet de la naissance à lâhégire. Page 28
Dâaprès Théophile dâEdesse, Mahomet est né et a vécu à Yathrib, plus tard renommé Médine par les musulmans.
Dâaprès une attestation de Jacob dâEdesse, datant de 640, dix ans après les faits, et non plus de 200 comme pour les attestations musulmane, Mahomet effectuait à cette époque des raids dans la Palestine, et non une guerre avec les Mecquois.
De 614 à 622, Mahomet se joignit aux Perses qui avaient envahi la Palestine et battu les armées byzantines de lâempereur Héraclius.
Lâhégire. Page 29
Des documents contemporains de Mahomet indiquent quâen 622 ce dernier disposait dâarmées nombreuses, et non de quelques convertis désarmés. En cette même année, Héraclius revint en vainqueur, et commença la reconquête de la région. Les adeptes armés de Mahomet durent se replier pour éviter les représailles quâHéraclius appliqua aux alliés locaux des Perses. Ils se rassemblèrent à Médine, la ville de leur chef. Lâhégire a concerné non 70 convertis fuyant les Mecquois, mais plusieurs milliers de combattants évitant les armées dâHéraclius.
La vie de Mahomet de lâhégire à sa mort. Page 30
Après 622, Mahomet continua à rallier les tribus arabes du nord, non celles de la région de La Mecque.
Le Pseudo-Sébéos, dix ans après les faits, indique que Mahomet ne parlait ni de lâange Gabriel, ni de révélation, mais uniquement de la Tora telle que lâinterprétaient les nazaréens.
En 629, les armées de Mahomet furent battues à Muta, près de la pointe sud de la Mer Morte, dans une tentative pour sâemparer de Jérusalem.
En 634, quatre attestations différentes indiquent que Mahomet commandait en chef lors de la bataille de Gaza, où les fidèles de Mahomet battirent les Byzantins, et sâemparèrent de Jérusalem.
Ces attestations datent dâune dizaine dâannées après les faits, et ne sont pas compatibles avec lâhistoire musulmane traditionnelle, fondée sur des documents datant de plus de deux siècles après les faits.
Lâempreinte du nazaréisme juste après lâhégire. Page 31
Du vivant de Mahomet, et dans les 15 ans qui suivirent sa mort, les fidèles de Mahomet ne se donnaient pas le nom de musulmans, mais celui de mahgrâyê, un mot araméen et non arabe, qui signifie les émigrés, et qui nâa de sens que dans la théologie araméenne des nazaréens.
Le nom de Médine, dâaprès les documents musulmans, vient de madina ar-rasul Allah, la ville du messager dâAllah. Cette étymologie en langue arabe est proposée par lâislam plus de 200 ans après les faits. A lâépoque, madina ne signifiait pas ville, mais région. Ville se disait qura. Des textes datant de 30 ans après les faits indiquent une autre étymologie, à partir de lâaraméen, impliquant les nazaréens.
Page 5
Les dix ans suivant la mort de Mahomet
Les nazaréens. Page 32
En 644 eut lieu une controverse entre le patriarche jacobite Jean 1er et l'émir Amru bar Saâd, [2] gouverneur de Homs, en Syrie, ancien compagnon de Mahomet. Le patriarche a rédigé leur discussion, et cet écrit nous est parvenu. [3]
L'émir, violemment anti-chrétien, s'efforça de convaincre le patriarche de se rallier à la religion de l'armée arabe, et d'entraîner avec lui ses ouailles. Il est remarquable que, dans tout le cours de la controverse, pas une fois l'émir ne mentionne ni le Coran, ni Mahomet, ni lâislam. Son but fut de convaincre le patriarche que le Christ était certes un prophète, mais non pas Dieu. Il utilise les arguments des nazaréens, non ceux des musulmans.
ÂPage 6
Quinze ans après la mort de Mahomet
La naissance de lâislam. Page 33
Dix à quinze ans après la mort de Mahomet, mahgrâyês a été traduit par muhâjirûn, émigrés en arabe, et pour le demi siècle suivant, dans lâusage courant, les convertis de Mahomet ont porté les deux noms. [4] Quand le terme de musulman est apparu, vers 720 dans lâusage officiel, lâusage courant est pourtant resté longtemps le mot araméen initial.
Aujourdâhui, il semble surréaliste que des juifs et des musulmans aient pu collaborer en bonne intelligence pour rebâtir ensemble le Temple de Salomon sur lâEsplanade de Jérusalem. Pourtant, il y eut une époque, où pendant une quinzaine d'années environ, de 634 à 650, des juifs et des Arabes collaborèrent, et construisirent ensemble un nouveau Saint des Saints du Temple de Salomon.
Câest encore à cette date, vers 650, que des collectes ont été faites pour constituer le Coran.
Ces signes, et quelques autres, manifestent un changement radical dans la religion des adeptes de Mahomet. Lâanalyse détaillée montre que ce changement est la formation de lâislam.
Page 7
De quinze à cent cinquante ans après Mahomet
Mahomet, lâislam et les musulmans. Page 34
La première attestation de Mahomet comme prophète se trouve sur une pièce de monnaie frappée en 685 à Bishapur. Le papyrus de Khirbet el Mird, vers 720, montre quâà cette époque Mahomet nâinspirait aucun respect particulier. Mahomet nâa été considéré comme le prophète fondateur que plus dâun siècle après sa mort.
Le mot de musulman apparaît pour la première fois sur le Dôme du roc, en 691, il entre dans lâusage officiel vers 720, il est utilisé sur une monnaie pour la première fois en 768, et sur papyrus en 775 seulement.
La recherche linguistique montre que les mots islam et musulman ne viennent pas de lâarabe, mais de lâaraméen, la langue des nazaréens
La chahada. Page 35
La première forme de la chahada a pu être reconstituée à partir de graffiti et des premières épigraphes arabes non officielles, presque toujours gravées sur pierre. Voici le texte : [5]
"Je témoigne qu'il n'y a de dieu que dieu, pas d'associé à lui."
Cette forme est nazaréenne, et vient de la Bible. Entre 690 et 740, il y a eu deux attestations, Mahomet est son prophète, et le Christ est son prophète.
La forme actuelle de la chahada, il n'y a de dieu que dieu, et Mahomet est son prophète ne devient exclusive que vers 735 à 740.
Le changement de qibla. Page 36
Câest la direction vers laquelle se fait la prière. Les adeptes de Mahomet prièrent d'abord en direction de Jérusalem, puis de la Mecque. Jérusalem était la direction de la prière pour les juifs et pour les nazaréens.
Lâusage initial de la direction vers Jérusalem fut expliqué par lâhistoire de Bouraq, qui fait intervenir lâEsplanade du Temple. Or le Dôme du Roc, bâti en 691 sur cette Esplanade, ne fait pas état de cette histoire. Le changement de qibla sâest fait quand lâhistoire explicatrice est apparue, donc après 691, et non du vivant de Mahomet.
Le massacre des juifs. Page 37
D'après la Sira dâIbn Hichâm, Mahomet aurait massacré une tribu juive de Yathrib, les Qorayza, expulsé et dépouillé deux autres, les Banou Nadir et les Qaynoqa.
Il n'existe aucune source non musulmane, ni littéraire, ni archéologique, ni épigraphique qui fasse état de ces trois tribus et, les documents judaïques de lâépoque qui détaillent les implantations juives au Proche-Orient ne mentionnent jamais Yathrib.
La Mecque. Page 38
L'ouvrage de référence sur l'origine de La Mecque est celui de Patricia Crone, une islamologue danoise qui enseigne dans les universités de Cambridge et de Princeton.
Avant lâislam, aucun géographe de lâantiquité ne mentionne La Mecque, ni directement, ni indirectement, ni sous le nom de La Mecque, ni sous un nom même vaguement ressemblant.
Dâaprès lâhistoire califale, elle tirait sa subsistance du commerce international et des pèlerinages. Le commerce allégué n'est mentionné que dans les documents califaux. S'agissant d'un commerce international, on devrait en parler aussi dans les pays de destination, ce qui n'est jamais le cas.
Page 8
De la collecte dâOthman à la fixation de lâécriture du Coran
Le Coran selon lâislam. Page 39
Dâaprès les théologiens musulmans, il vient directement dâAllah, il nâa pas changé dâune seule lettre depuis quâil a été mis par écrit, et sa langue est si somptueusement poétique quâelle est inimitable par aucun humain.
Mahomet lâa récité alors quâil était analphabète.
Avant que le monde ne soit créé, le Coran était déjà présent, ce que la théologie musulmane exprime en disant que le Coran est incréé.
Le Coran est en arabe depuis avant la fondation du monde parce quâAllah parle arabe avec les anges.
Les difficultés de lâhistoire califale du Coran. Page 40
L'alphabet arabe ne comportait à lâépoque de Mahomet que trois voyelles longues a, i, u, et ne faisait pas la différence entre certaines consonnes. Cette écriture est nommée scriptio defectiva. Elle est indéchiffrable, et ne peut servir que dâaide mémoire à ceux qui connaissent déjà le texte.
Le Coran a été primitivement en scriptio defectiva. Vers 850, deux siècles après les collectes, des grammairiens perses qui ignoraient la culture arabe ont fait des conjectures pour passer en scriptio plena, afin de rendre le Coran compréhensible.
Cela nâa pas suffi. Il a fallu y ajouter dâautres conjectures sur le sens des passages obscurs, qui concernent environ 30% du Coran.
Lâédition actuelle du Coran est celle du Caire, faite en 1926. Il a fallu 1 300 ans pour la mettre au point. Câest une traduction en arabe classique dâun texte qui est incompréhensible sous sa forme originale.
Le Coran et lâaraméen. Page 41
A lâépoque de Mahomet, lâarabe nâétait pas une langue de culture, ni une langue internationale. Depuis plus de mille ans, dans tout le Proche Orient, la langue de culture était lâaraméen. Les lettrés arabes, peu nombreux, parlaient en arabe et écrivaient en araméen. La situation était comparable à celle de lâEurope de la même époque, où les lettrés parlaient dans leur langue locale et écrivaient en latin.
Les difficultés du Coran sâéclairent si on cherche le sens à partir de lâaraméen. Le Coran nâest pas écrit en arabe pur, mais en un arabe aussi chargé dâaraméen que, par exemple, lâallemand est chargé de latin.
Des idées coraniques antérieures à lâislam. Page 42
Le manichéisme, une religion née au troisième siècle, contient de très nombreux concepts présents dans lâislam. Dâautres idées, la Table Gardée, le Coran incréé, Allah parlant arabe aux anges avant la fondation du monde, se trouvent dans des légendes populaires juives ou chrétiennes.
Les facilités offertes par certains versets du Coran. Page 43
Les califes Omeyyades et Abbassides et leur cour pratiquaient ce que le Coran attribue à Mahomet, lâaccaparement du butin, d'innombrables concubines, des épouses impubères, et même les épouses de leur propres fils. Il est significatif que les versets qui ordonnent à Mahomet de prendre pour lui Zaynab, lâépouse de son fils adoptif Zaïd, déclarent que Mahomet doit se saisir de cette femme afin que les générations futures sachent qu'un tel acte est permis. [6]
Lâécriture du Coran sous le contrôle des califes leur offrait la possibilité dây placer dâabord un verset déclarant que Mahomet est un modèle pour tous les temps et tous les hommes, puis des versets attribuant à Mahomet les actes quâils voulaient pratiquer.
Les strates successives. Page 44
Le plus ancien texte qui décrit la foi musulmane est le Fiqh Akbar 1, écrit vers 750, plus dâun siècle après la mort de Mahomet. Il présente les vues de lâorthodoxie islamique sur les questions qui se posaient alors en matière juridique et ne fait aucune allusion au Coran. Cela signifie que les 800 versets fixant des règles juridiques, qui se trouvent dans les Corans dâaujourdâhui, étaient absents des Corans de 750.
Bien dâautres éléments indiquent une rédaction du Coran étalée au fil dâune durée de deux siècles environ.
Du lectionnaire au Coran. Page 45
Il est remarquable que pendant les deux premiers siècles de lâislam, la destruction des documents originaux relatifs au Coran ait été faite ouvertement par les califes : les tout premiers documents originaux sur des supports de fortune, les notes dâHafça, une des épouses de Mahomet, les Corans dissidents détruits par Hajjâj en 692, etc. Les notes de Fatima, la fille de Mahomet, ont disparu, ainsi que de nombreux documents cités dans des documents ultérieurs, mais dont on ne retrouve rien.
Page 9
Lâislam et le monde du 21ième siècle. Page 46
Il y a cent cinquante ans, les exégètes ont appliqué pour la première fois les méthodes modernes au Coran. Au cours des années suivantes, lâapproche scientifique a été appliquée à des éléments de plus en plus nombreux, lâhistoire des idées dans cette partie du monde, la ville de La Mecque, lâhistoire de lâislam initial, la vie de Mahomet. Les outils scientifiques sont devenus plus variés et plus puissants.
Au début du vingt et unième siècle, les pièces du puzzle sont devenues assez nombreuses pour permettre lâassemblage. Câest cette image qui apparaît dans ce site. Elle se précisera avec lâaccumulation de nouveaux travaux, qui continue à un rythme jamais atteint dans le passé.
Le monde du vingt et unième siècle dans lequel vit aujourdâhui lâislam est radicalement différent de ce quâil a été durant les millénaires passés. Câest dans ce monde nouveau que lâislam doit vivre. Le rapport au monde moderne est le problème central de lâislam dâaujourdâhui.
Lâaffrontement décisif se déroule dans la tête des musulmans, non entre eux et le reste du monde. Il ressemble plus à une guerre civile à lâintérieur de chaque personne quâà une guerre extérieure. Le monde moderne nâassiège pas lâislam, il a déjà commencé à envahir lâintériorité de chaque musulmane, de chaque musulman.
Le choix du monde mental dans lequel chacun veut vivre se forme dans le for intérieur de chacune et chacun, aucune personne extérieure ne peut intervenir, car il dépend du mystère fondateur de la personne humaine, celui de la liberté. Après sâêtre informé, ou sans même sâinformer, chacune et chacun est en ce domaine sa propre lumière et son propre recours, et voit sâimprimer dans son être les conséquences de son choix : il ou elle devient ce que son choix le fait devenir.
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[1] Patricia Crone et Michael Cook, opus cit.. écu
[2] Dâaprès Tabari, cité par Patrica Crone et Michale Cook, opus cit. Câest le même personnage que Umayr Ibn. Saâd al-Ansari ; tout deux étaient gouverneurs à la fois dâHoms et de Damas, ce qui est très inhabituel, et ils lâétaient dans la même période.
[3] François Nau, Un colloque du Patriarche Jean, in Journal Asiatique, 1915.
[4] Robert G. Hoyland, Seeing islam as others saw it. A survey and evaluation of Christian, Jewish and Zoroastrian writing on early islam, Princeton, the Darwin Press.
[5] Solange Ory, Aspect religieux des textes épigraphies du début de lâislam, in REMMM, Aix en Provence, N° 58, Edisud, 1990.
[6] Sourate 33, verset 37.
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[1] Certaines traditions califales joignent un sixième recueil à ces cinq.